Idées Recues et tabous

Avant de consulter un chirurgien et donc de « faire le premier pas », de nombreuses questions affluent et certains blocages peuvent apparaître. La société n’est pas avare de critiques et nous sommes tous plus ou moins fragiles et sensibles aux opinions d’autrui.

L’évaluation pré-opératoire par le chirurgien tient, aujourd’hui, toujours grand compte de ce paramètre social pour la décision de correction chirurgicale.

« Le nez donne au visage son caractère »

L’expression du regard dépend bien sûr des yeux et des sourcils mais aussi de la forme du nez qui les sépare. Lorsque le nez est haut avec une bosse ou que l’angle entre le nez et le front est comblé, les yeux paraissent plus rapprochés et le regard prend un aspect plus sévère. Au contraire, un nez plus effacé, sans bosse, donne l’impression d’écartement des yeux et un regard plus doux. Aussi, en général, les femmes, attentives à la douceur de leur regard et à cet élément de séduction, préfèrent-elles un nez plus petit et plutôt un peu remontant. L’homme favorisera quant à lui un nez plus droit, rectiligne pour éviter de « féminiser » son apparence, selon le modèle social méditerranéen.

La pointe du nez appartient esthétiquement et fonctionnellement au sourire. Elle forme avec la lèvre supérieure une unité esthétique et contribue ainsi à la sensualité de la bouche. Une pointe tombante masque le sourire et attriste le visage. Un nez trop relevé dont les narines sont trop visibles produit un effet artificiel.

la forme du nez et des narines sont des éléments d’appréciation plus ou moins intuitifs du caractère de l’autre. Ainsi, par exemple, un nez dont la pointe est relevée signe dynamisme et ouverture alors qu’un nez tombant représente plutôt un caractère mou et apathique. Dans cette situation, l’aspect esthétique rejoint l’aspect psychologique car le nez beau dont la pointe remonte légèrement offre ainsi une belle image de soi. Cependant, dans cette évaluation, le nez n’est pas le seul élément distinctif et il faut toujours rapporter l’apparence du nez, au visage dans lequel il s’inscrit et à l’aspect général de ce visage.

« La modification du nez va t’elle modifier le caractère de mon visage ?»

L’évaluation esthétique du visage tient compte avant tout de l’aspect du nez qui en est l’élément central anatomiquement.
Cependant, cet aspect ne correspond pas forcément à l’image que l’on a de soi ni à l’image que l’on souhaiterait donner aux autres. C’est dans ce sens que la chirurgie peut corriger une « erreur » et il est important que le patient ait conscience de cette image afin qu’il puisse exprimer assez clairement au chirurgien en quoi l’aspect de son nez lui pose problème.
Celui-ci pourra alors en tenir compte dans son évaluation et ainsi établir un projet chirurgical conforme aux attentes de son patient.

« C’est le nez de mon père »

Ici, il s’agit du « caractère familial » de la forme du nez. Il est certain que l’hérédité joue un rôle important dans le développement de la forme du nez et des reliefs du visage. Très souvent cette remarque est formulée et le patient se sent parfois l’héritier et donc le dépositaire de la « marque de fabrique » . Il apparaît ainsi un dilemme entre le désir de modifier un nez qui nous dérange et ce sentiment familial : on n’ose pas modifier le nez de la famille car on ne voudrait pas faire ressentir ce changement comme un rejet de ce qui nous a été transmis par nos parents. De plus, certains parents, peu favorables à la rhinoplastie, jouent sur cet aspect familial pour influencer la décision et reprocher à celui qui envisage toute modification de ce trait parental. Cependant, l’expérience montre que, pour les personnes qui se sentaient isolées mais dont la motivation avait été suffisante pour aller jusqu’à l’intervention, le bénéfice a toujours été évident : le résultat étant bon, la crainte d’un échec a disparu et, de plus, la physionomie et l’expression du visage ont été respectées. Ainsi, le conflit familial disparaît de lui-même et l’harmonie réapparaît sur des bases nouvelles, d’ailleurs souvent très vite oubliées. Il n’est pas exceptionnel, même, que les parents qui supportaient leur nez avec certaines difficultés suivent la démarche du pionnier et franchissent le pas de l’intervention pour eux-mêmes.

« Un nez refait, ça se remarque tout de suite ? »

S’il est une idée reçue qui a la vie dure, c’est bien celle-ci ! Cette remarque que l’on entend très couramment évoque le caractère stéréotypé des rhinoplasties qui étaient réalisées dans les années 1970 : « le nez parisien », style particulier de petit nez retroussé, ou « le nez Claoué », signature d’un célèbre chirurgien parisien des années 60. Le point important est la personnalisation de la rhinoplastie. Le résultat plus ou moins réussi d’une rhinoplastie dépend d’une alchimie
particulière faisant appel à une relation triangulaire : le patient, le chirurgien, les techniques opératoires. Cette relation va permettre d’établir un projet opératoire dont le détail sera envisagé plus loin dans ce livret. Le raffinement et la diversité des techniques opératoires actuelles permettent de réaliser des rhinoplasties adaptées à chaque situation.

Aussi, cette crainte de l’apparence du « nez refait » ne se justifie-t-elle plus maintenant. A l’expérience, aucun opéré de ces 20 dernières années ne s’est plaint de ce défaut après son intervention.

« Est-ce que ça va réussir ? »

En général, les rhinoplasties offrent un important taux de satisfaction, ce qui explique leur succès. De plus, l’amélioration des techniques et leur « raffinement » permettent de répondre à presque toutes les demandes. Cependant, la notion de réussite d’une intervention de chirurgie esthétique repose avant tout sur la satisfaction du patient après l’intervention. Cette appréciation est très subjective et difficilement prévisible :
• Il n’est pas rare qu’un opéré soit ravi d’un résultat que le chirurgien jugerait médiocre selon ses propres critères ; sans doute l’objet du « complexe » du patient - par exemple une bosse importante - a-t-il été corrigé par l’intervention,
même si certains défauts, parfois évidents, venaient à apparaître dans les suites opératoires.
• A l’opposé, une intervention aboutissant à un nez superbe peut être jugée comme non satisfaisante par un patient qui fixait son attention sur un détail évalué comme secondaire par le chirurgien.

En pratique, le patient satisfait est celui chez qui on a « gommé » un défaut sur lequel il fixait son attention.

« Si le résultat ne me plaît pas, est-ce qu’on pourra changer ?»

Il existe toujours une solution pour améliorer une situation non satisfaisante, mais toute modification n’est pas forcément possible à réaliser chirurgicalement. Il faut différencier le défaut opératoire en rapport avec l’acte chirurgical, et le caprice d’un patient insatisfait.

• En cas de défaut post-opératoire, l’analyse qu’en fera le chirurgien lui permettra si nécessaire de proposer, après le sixième mois, une correction a minima, c’est-à-dire une retouche.

• S’il s’agit d’un caprice correspondant soit à rien de concret, soit à un changement majeur non prévu dans le projet initial, la discussion entre le chirurgien et le patient devra être reprise au début, comme pour une première intervention.

« Est-ce que je serai défiguré ? »

Certainement, non !
Passés les premiers jours qui suivent l’intervention pendant lesquels le visage est marqué par l’œdème et les ecchymoses et souligné par le pansement, le résultat esthétique est rapidement visible.

Se posent ensuite les problèmes éventuels en rapport avec des résultats moins satisfaisants voire d’authentiques « ratages » dont les médias télévisés sont friands mais qui sont loin de correspondre, heureusement, à la réalité quotidienne.

Tout d’abord, la survenue de « désastre » ne serait possible qu’en cas de complication opératoire majeure, événement peu envisageable entre des mains expérimentées. De plus, tout rhinoplasticien est en mesure de vérifier pendant son intervention l’existence d’anomalies ou de complications et donc de les corriger d’emblée, quitte à rallonger la durée de l’intervention. Par contre, de petits défauts ou certaines irrégularités peuvent apparaître plus tardivement en rapport avec les processus de cicatrisation et justifier des retouches limitées.

« Il y a des charlatans ! Comment choisir mon chirurgien ? »

Cette question, il est vrai dérangeante, pose le problème de « la qualification du chirurgien qui va réaliser ma rhinoplastie ». Tout médecin peut légalement pratiquer la médecine sous tous ses aspects ; cependant, le Conseil de l’Ordre des médecins veille au contrôle de ces compétences. Les spécialistes qui ont habituellement reçu la formation nécessaire pour effectuer une rhinoplastie sont les ORL-Chirurgiens de la Face et du Cou, les Chirurgiens Maxillo-Faciaux et les Chirurgiens spécialisés en Chirurgie Plastique, Reconstructive et Esthétique.

Choisir son chirurgien représente une étape importante vers la réalisation d’une rhinoplastie. Si l’on admet facilement qu’en chirurgie générale ce choix est souvent orienté par la renommée du chirurgien ou les recommandations
adressées par son médecin de famille ou les personnes de son entourage, l’ambiance qui entoure tout ce qui touche à l’esthétique modifie quelque peu cette information.
L’inquiétude du patient est ici plus souvent clairement affichée. Cependant, dans leur immense majorité, les chirurgiens pratiquant des rhinoplasties ont bénéficié d’une formation chirurgicale de haut niveau et d’une spécialisation sur la rhinoplastie. Chacun aura ensuite développé son propre sens esthétique et évolué en fonction de son expérience personnelle. Ainsi, un peu de bon sens et un minimum de recherches permettront toujours au patient de s’adresser à un chirurgien compétent, c’est à dire ayant reçu une formation adaptée et présentant une expérience suffisante.

« Est-ce que je vais me reconnaître ? »

« J’ai envie de me faire opérer mais j’ai peur de ne pas me reconnaître ». Ici la démarche est très différente : le problème de sa propre image est envisagé. C’est moi vis à vis de moi. La peur d’un changement, pourtant souhaité, peut inquiéter voire même bloquer certaines personnes. C’est le seul vrai problème de la rhinoplastie : la dysmorphophobie.
L’expérience et le sens du jugement du chirurgien sont fondamentaux pour reconnaître ces patients et savoir leur conseiller de ne pas se faire opérer. Parfois, cette dysmorphophobie n’est pas évidente. Dans le doute, le médecin saura avec délicatesse envisager une consultation spécialisée auprès d’un psychiatre. Cependant et heureusement, dans l’im-
mense majorité des cas, les candidats à la rhinoplastie n’ont rien de psychiatrique et leur démarche est pleine de bon sens. Néanmoins, dans tous les cas, le futur opéré doit savoir se préparer à ce changement de son visage pour mieux l’accepter : apprendre à s’approprier son nouveau nez.

« Je ne vais pas arriver du jour au lendemain avec un nouveau nez ! »

Cette question pose le problème du regard de l’autre. Pour comprendre la réponse qui va être apportée, il est important de préciser que les physionomistes sont nettement minoritaires dans nos sociétés. Eux seuls, pourtant, pourraient vous dire : « tu t’es fait refaire le nez ». Si l’on remarque, ici, que ces physionomistes sont peu nombreux également dans notre propre famille, on sera moins étonné d’apprendre, même si cela peut paraître incroyable, qu’il n’est pas rare que nos oncles, cousines et autres grands parents puissent ne pas remarquer une rhinoplastie parfois même importante. Tout au plus assistons-nous à cette réflexion : « tu as bonne mine ! tu as passé de bonnes vacances ?» « tu as l’air reposée » ; les plus perspicaces diront : « tu as changé quelque chose ... ta coiffure ... Ainsi, ce n’est pas dans le regard de l’autre que va se prendre la décision de se faire opérer ; au contraire, il s’agit beaucoup plus d’une démarche personnelle. En effet un opéré peut parfois être déçu qu’une rhinoplastie pourtant nécessaire puisse passer complètement inaperçue.

« On ne va pas me reconnaître ? »

Cette question reprend le même thème que la précédente qui est celui du regard de l’autre mais s’y ajoute la crainte de ne pas être reconnu par son entourage. Une telle situation signifierait une modification majeure du visage. Or, une rhinoplastie est très rarement responsable de tels changements même lorsqu’elle est associée à une correction du menton ou des pommettes. En pratique, on peut dire que cette situation, où un ami ne vous reconnaît pas, ne se présente presque jamais. Aussi, cette crainte ne trouve-t-elle de réel fondement que dans les rhinoplasties majeures où le nez est complètement transformé en même temps que ses rapports avec le front et les lèvres. Dans de tels cas ( moins de 3% des rhinoplasties), il est certain que des précautions doivent être prises pour s’assurer que le futur opéré souhaite un tel changement afin qu’il puisse assumer cette transformation non seulement vis à vis des autres, mais surtout vis à vis de lui-même.

« Est-ce que je vais m’habituer à mon nouveau nez ? »

Le plus souvent, cette étape ne pose que peu de problèmes. Juste après son opération, le patient va porter un pansement externe pendant une huitaine de jours. Ce délai va lui permettre de « s’imprégner » psychologiquement du changement effectué. De plus, cette étape intermédiaire lui permet de deviner, à travers la forme du pansement, son nouveau profil.

Plus surprenant encore, une personne opérée de rhinoplastie peut « oublier » complètement son ancien nez ou son ancien visage. Ceci justifie d’ailleurs pleinement la réalisation de documents photographiques avant l’intervention. En effet, si plusieurs mois après la rhinoplastie nous sortons des tiroirs les anciennes photographies et que le patient accepte de les revoir, très souvent c’est une réaction de surprise qui accueille cette découverte : « mon Dieu ! j’étais comme ça ». Cette démarche, d’ailleurs, est amusante car beaucoup hésitent à se revoir et sont partagés entre curiosité et inquiétude, voire même ne veulent plus revivre un passé oublié. Ceci est tellement vrai que nous devons bien insister sur le fait que certains opérés puissent être « choqués » de se revoir et, parfois … de ne pas se reconnaître sur ses photos.


« Qu’est-ce qu’on pensera de moi ? »

En fait, il s’agit d’assumer sa motivation à se faire opérer : jugement et regard des autres. Cette question pose surtout le problème plus général de la chirurgie esthétique dans notre société. De plus en plus de personnes se font opérer pour des raisons exclusivement esthétiques. Aussi, cette inquiétude est-elle moins souvent formulée car cette chirurgie est très médiatisée et admise par la plupart d’entre nous. Il existe même un phénomène de mode autour de la beauté qui peut paradoxalement pousser à certains excès.

La sagesse du chirurgien permettra de faire la distinction entre le futile et le justifié lors de la discussion qui clôturera la consultation : les personnes préoccupées par cette question bénéficieront en priorité d’une correction donnant le résultat le plus naturel possible.

« Mon conjoint est infidèle ; si je me fait refaire le nez, il va revenir vers moi ? »

L’expérience … et la raison se rejoignent pour dissuader cette personne de se faire opérer, même si son nez est détestable : sa motivation n’est pas son nez mais son conjoint ; elle ne se fait pas opérer par conviction pour elle-même mais dans l’espoir de retenir un tiers. Une rhinoplastie n’a jamais réglé un problème de couple, bien au contraire. Retenez aussi qu’il ne faut jamais se faire opérer esthétiquement pour faire plaisir à quelqu’un d’autre : c’est votre propre image qui est en jeu !


« Je suis trop jeune pour me faire opérer du nez ? »

Subir une intervention de chirurgie esthétique suppose d’une part que le futur opéré puisse formuler clairement sa demande et d’autre part que l’intervention ne soit pas à l’origine de complications prévisibles sur la croissance faciale. Or le nez, par l’intermédiaire de la croissance du maxillaire lors de la puberté, va subir une modification de son apparence vers l’âge de 12 à 15 ans, aussi bien chez la fille que chez le garçon. Curieusement d’ailleurs, beaucoup accusent à tort un choc dans l’enfance pour justifier de l’apparition d’une bosse sur le nez après la puberté, bosse qui bien sûr n’existait pas avant la croissance maxillaire. Par contre, la notion essentielle à comprendre est que cette modification du nez se produit réellement lors de la puberté et que l’adolescent va alors se découvrir un visage et une bosse qu’il ne se connaissait pas. Ceci peut être à l’origine d’un véritable mal-être pour ce jeune qui va devoir supporter son nouveau visage à un moment charnière de sa vie. L’expérience montre ici encore que les résultats des rhinoplasties pratiquées dès la fin de l’adolescence sont sans doute les plus beaux succès de cette chirurgie. En effet, la demande de cet adolescent doit être relayée par les parents, ce qui nécessite une indiscutable maturité et intelligence de ceux-ci à l’écoute de leur enfant.

Une intervention réalisée à ce moment après l’âge de 15 ans, avec l’accord des parents, va restituer à l’adolescent l’image qu’il avait de lui-même avant l’apparition de cette anomalie pubertaire ; la rhinoplastie va donc le libérer de cette préoccupation pour lui permettre de se consacrer à ses activités scolaires et relationnelles.

Il suffit d’ailleurs, pour s’en convaincre, d’écouter a contrario les adultes présentant des anomalies nasales, regretter de ne pas s’être fait opérer pendant leur jeunesse. Le plus souvent, ils expriment clairement avoir en quelque sorte fait le deuil de la beauté de leur nez auquel ils auront fini par s’habituer, non sans quelques difficultés ni regrets encore parfois vivaces.

« Je suis trop vieille pour bénéficier d’une rhinoplastie ? »

Assez curieusement, les personnes âgées de plus de 60 ans sont d’excellentes candidates pour bénéficier d’une rhinoplastie. En effet, la réduction du soutien osseux dentaire associé à la perte d’élasticité de la peau du nez contribuent à faire tomber la pointe du nez et à accentuer les effets de l’âge sur le visage.

Une rhinoplastie qui raccourcira le nez apportera un effet rajeunissant certain. Ceci conduit d’ailleurs certains chirurgiens à proposer simultanément lifting et rhinoplastie aux patientes motivées.

« Un homme ne doit pas se faire opérer du nez ! »

La demande de rhinoplastie chez l’homme est souvent motivée par des anomalies plus franches que celles de la femme. Des séquelles de traumatismes associées à des troubles respiratoires sont régulièrement évoquées par le patient et constatées à l’examen.

Plusieurs éléments de réponse doivent être précisés :
- Une rhinoplastie ne « féminise » pas un homme, sauf motivations particulières.
- Le pouvoir sexuel n’est en rien altéré par une réduction de la taille du nez…
- La rhinoplastie chez l’homme ne pose techniquement aucun problème particulier. On pourrait même dire que, à sa manière, l’homme est moins exigeant que la femme.
- Le projet de rhinoplastie doit être envisagé en fonction du métier, de l’environnement social et des souhaits clairement formulés.

dr-yves-saban
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